Sosa 52 — Tropez PÉLOQUIN
Les (més)aventures d'un négociant de sel du Midi
3/23/20243 min read


Tropez PÉLOQUIN est un personnage fascinant. Audacieux homme d'affaires, il a la « bosse du commerce », un dynamisme à tout crin, de la résilience à revendre et un sacré bagout. Écoutez-le nous raconter sa vie.
Je suis né à Saint-Tropez en 1788. Mon père, Jean Baptiste, est maître boulanger. Il est le premier PÉLOQUIN à avoir quitté Bauduen, village du Var où notre famille est enracinée depuis des siècles. Le fameux saint Tropez, évêque de Vence au 12e siècle, était un PÉLOQUIN. Sommes-nous parents ?
En 1814, j’épouse Marie MEISSONIER, originaire de Hyères. Nous aurons huit enfants entre 1820 et 1831, dont votre arrière-arrière-grand-père, Prosper PÉLOQUIN.
Nous nous installons à Marseille où je deviens négociant en sel. Pendant dix ans, mon commerce prospère rapidement. Je fais livrer du sel dans tous les ports de la Méditerranée, j’agrandis mes entrepôts Quai du Canal, j’achète des immeubles… Je ne suis jamais satisfait, il me faut toujours plus.


Marseille - Quai du Canal (Carte postale)
J’ai un peu la bougeotte, alors nous déménageons sans cesse, mais toujours dans un rayon étroit au cœur de Marseille. La liste de toutes mes adresses vous donnerait le vertige ! Notez quand même ma plus belle acquisition, après l’achat d’un jardin avec maison au n° 115 Grand Chemin d’Aix, j’étends ma propriété à tout un quartier de bâtisses contigües, de même style : les n° 117, 119, 121, 123, 125, 127, 129, 131, 133 et 135. L’ensemble sera connu à Marseille comme le « domaine Péloquin ». Une merveille !
La lucrativité du commerce du sel sur le pourtour méditerranéen suscite une farouche rivalité et des litiges entre les exploitants et les négociants. Je vous épargne le détail de tous les différends et procès auxquels que j’ai dû faire face, mais sachez que j’ai été victime de certains individus peu scrupuleux, ce qui m’a mené à la faillite. Hélas, le domaine Péloquin sera saisi et vendu à l’encan…
Malgré tout, je continue à négocier, je cherche de nouveaux marchés, d’autres produits. Erreur de jugement, je me laisse entraîner dans une coalition de fabricants de sel de Provence qui manigancent pour empêcher toute concurrence et contrôler les prix. Cela me vaudra une comparution au tribunal correctionnel de Marseille en 1851, en compagnie de huit autres accusés. Heureusement, ma faillite a du bon car elle me permet d’échapper aux poursuites.
J’ai d’autres aventures judiciaires. En 1852, dans le cadre des poursuites demandées par mes créanciers, je suis arrêté dans un hôtel garni à Paris où je réside temporairement. Je récuse l’arrestation au motif que je ne peux être arrêté hors de mon domicile et sans la présence d’un juge de paix. Les magistrats réfutent mes arguments, mais je fais appel et je gagne !
Le commerce du sel devenant difficile pour moi, je cherche des alternatives. En 1854, avec un associé, je dépose un brevet pour l’invention d’un bateau à vapeur à trois roues pour la navigation mixte. Malgré une demande de certificat d’addition à ce brevet, nous n’arrivons pas à monnayer notre invention. Le marché est déjà saturé.
Qu’à cela ne tienne, en 1856, j’obtiens un autre brevet (encore avec un associé) pour un appareil d’évaporation de l’eau salée appliqué à l’évaporation du sel. Là encore, nous peinons à trouver des acheteurs pour notre système.
Nous vivons de mes rentes, mais je ne me résous pas à l’inactivité. En 1863, je fais paraître l’annonce ci-dessous dans Le Sémaphore de Marseille.


Le Sémaphore de Marseille, 27 janvier 1863
Grandeur et décadence ? J’ai acquis une certaine stature dans mon domaine et suis longuement interrogé en 1868 pourune enquête sur les sels. Ma vision du marché est intégralement citée dans le rapport très complet publié par le Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics. J’en suis assez fier.
Mon épouse Thérèse est décédée en 1870. Je ne vais sans doute pas tarder à aller la rejoindre. Aujourd’hui, à 84 ans, je commence à me dire que j’ai gagné le droit de me reposer !
Mireille Hardy - mirehardy@gmail.com