Sosa 448 — François dit “Richard” LALLEMAND
Le premier LALLEMAND sur l’île Bourbon
3/23/20243 min read

François dit “Richard” Lallemand, venu de Bourgogne, devenu l’un des plus grands propriétaires de l’île Bourbon, a été impliqué dans la chasse aux esclaves marrons.
François LALLEMAND est né le 11 juillet 1708 à Semur-en-Auxois (Côte d’Or). Il est issu d’une lignée de Bourguignons : son père Richard, était couvreur-blanchisseur à Semur-en-Auxois, son grand-père Antoine, boulanger à Malain, et son arrière-grand-père François, vigneron à Mirebeau-sur-Bèze. (cf. la lignée LALLEMAND dans l'onglet "Repères")
En 1727, son frère aîné Jean et lui embarquent à Lorient sur le navire l’Expédition, tous les deux comme menuisiers passagers. Ils arrivent le 04 août 1727 à l’île de France puis à Bourbon.
Richard est travailleur, entreprenant, et très vite il fait son chemin sur Bourbon et acquiert le statut de bourgeois. En 1732, il épouse Barbe PAYET, veuve d’Étienne HOAREAU le Jeune et riche propriétaire.
Acte de mariage de François LALLEMAND et de Barbe PAYET (Archives départementales de La Réunion)
À cette époque, tout individu courageux et un tant soit peu intelligent peut facilement s’enrichir sur cette colonie récente. Au bout de cinq ans, Richard possède une “habitation” (c’est-à-dire une propriété) de 1490 arpents (soit 509 ha), la quatrième plus grande de Saint-Louis, l’une des vingt-cinq plus grandes plantations de café de l’île. Il a vingt-huit esclaves (treize mâles et quinze femelles) de tous âges (certains n’ont qu’un an).
Les esclaves représentent une main-d’œuvre bon marché et corvéable à merci, mais ils sont également une source de problèmes. Mal nourris, mal logés, exploités dès leur plus jeune âge, ils sont nombreux à rêver de s’enfuir. Lorsqu’ils y parviennent, on les appelle les “marrons” (terme utilisé à l’origine pour désigner un animal domestique redevenu sauvage). Étant donné la configuration de l’intérieur de l’île, escarpé et encore à peine exploré, il leur est facile de se cacher. Certains parviennent à reconstituer des petites communautés et à vivre en autarcie dans des endroits inaccessibles, fortifiés et gardés par des sentinelles, mais ce n’est pas le cas de la majorité. Faute de vivres, d’outils, d’ustensiles de cuisine, d’armes, ils ont du mal à survivre et font des razzias la nuit dans les habitations des Blancs pour essayer de récupérer tout ce qui leur manque, quitte à incendier, voire assassiner parfois.
Les marrons sont la bête noire des propriétaires de Bourbon. Dès 1735, ces derniers organisent des détachements de colons qui poursuivent les marrons à tour de rôle pendant quinze jours, à leurs frais. Cette chasse au marron est obligatoire et ceux qui sont dans l’incapacité d’y participer doivent verser une contrepartie financière. En février 1752, les habitants de l’île adressent une lettre au Conseil de Bourbon pour tenter d’améliorer l’organisation des détachements de chasseurs d’eclaves marrons. Les colons demandent notamment que les vivres leur soient payés pour le temps où ils abandonnent leur habitation pour chasser les fuyards. Et, pour tout marron dont ils rapporteront la main gauche en guise de preuve qu’il a été tué, ou tout marron capturé, ils demandent que leur soit donné un Noir ou une Négresse en guise de récompense.


Le marronnage, Tony de Bel, del. In Les Marrons, L.-T. Houat, Paris, Ebrard, 1844. (Bibliothèque administrative et historique des Archives départementales de La Réunion)
A la lumière de ce courrier, dont Richard est l’un des nombreux signataires, nous avons une idée des moeurs de l’époque et de la vie des esclaves.
Barbe PAYET meurt au début de l'année 1776. Trois ans plus tard, François “Richard” LALLEMAND décède le 19 mai 1779 à Saint-Louis ; il est enterré dans la chapelle du Rosaire fondée son épouse.
Mireille Hardy - mirehardy@gmail.com