Sosa 402 — Jean Baptiste LAURET

Deux mariages et un divorce avec la même femme

5/1/20244 min read

Extrait de la loi sur le divorce (Mercure français, 22 sept 1792)

Un remariage avec la même femme à peine deux mois après leur divorce, voilà qui n'est pas banal !

Le 21 août 1756, Jean Baptiste LAURET épouse Catherine RIVIÈRE. Il a 29 ans, elle en a à peine 15. Ils auront deux filles, Marie Catherine, née en 1769 (ancêtre de notre grand-père Louis FONTAINE), et Marie Antoinette, née en 1775.

Catherine meurt en 1783 à l’âge de 41 ans et, l’année suivante, Jean Baptiste épouse Marianne Silvie FONTAINE. Il a maintenant 57 ans, elle en a 24. Ils n’auront pas d’enfants.

Début de l'acte de mariage de Jean Baptiste LAURET et Marianne Silvie FONTAINE le 25 mai 1784
(Archives nationales de l'Outre-mer)

La loi autorisant le divorce est promulguée le 20 septembre 1792. Les philosophes des Lumières avaient déjà condamné l’indissolubilité du mariage et, au début de la Révolution Française, l’ordre établi avait été désacralisé par la laïcisation du mariage, puis l'institution du mariage civil.

Trois ans à peine après la promulgation de la loi sur le divorce, onze ans après leur mariage, Jean Baptiste demande le divorce pour cause d'« incompatibilité d’humeur et de caractère ».

Le divorce est prononcé le 4 janvier 1796. Jean Baptiste et Marianne Silvie figurent parmi les premiers couples de La Réunion à demander une dissolution de leur union.

Début de l'acte de divorce de Jean Baptiste LAURET et Marianne Silvie FONTAINE le 4 janvier 1796
(Archives nationales de l'Outre-mer)

Nous n’en saurons pas plus sur les motifs de leur séparation. Imaginons les protagonistes s’exprimant sur leur divorce.

Jean Baptiste : Notre mariage était passionné, mais tumultueux en raison peut-être de notre grande différence d’âge. Marianne Silvie est jeune, elle aime sortir et s’amuser et moi j’aspire au calme, je veux juste être avec elle en tête à tête. Nous n’étions jamais d’accord, à la maison, ce n’était que fracas, tempêtes, cris et hurlements. C’était devenu intenable.

Marianne Silvie : je l’aime mais nous nous disputons constamment. J’ai trente-trois ans de moins que lui et il est terriblement jaloux de tous les hommes de mon âge qui me tournent autour. C’est toujours la même scène. Il m’accuse de le tromper, je nie, il insiste, je claque la porte… Aucun de nous deux ne veut avoir tort et toutes les tentatives de conciliation se sont soldées par un échec. Cela m’attriste profondément mais il faut se rendre à l’évidence : nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre.

Et pourtant, le 8 mars 1796, à peine deux mois après leur divorce, ils se marient à nouveau !

Début de l'acte du second mariage de Jean Baptiste LAURET et Marianne Silvie FONTAINE le 8 mars 1796
(Archives nationales de l'Outre-mer)

À nouveau, imaginons comment a pu s'opérer ce retour de sentiments si soudain et impératif.

Question : Jean Baptiste et Marianne Silvie, vous avez divorcé il y a deux mois et vous vous remariez déjà !

Jean Baptiste : Dès que le divorce a été prononcé, j’ai compris que nous avions fait une énorme bêtise.

Marianne Silvie : Moi aussi ; j’ai senti tout de suite que j’allais le regretter amèrement.

Question : Quand avez-vous décidé de vous marier à nouveau ?

Jean Baptiste : Nous nous sommes revus par hasard quelques jours après le divorce, et nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. C’était très fort. Nous avons pleuré, puis ri et nous sommes à nouveau juré fidélité pour la vie.

Marianne Silvie : Une fois séparés, nous avons compris que nous nous aimions trop pour vivre loin l’un de l’autre. Nous avons parlé longtemps, et chacun s’est efforcé de voir le point de vue de l’autre. Je pense que nous retiendrons la leçon.

Le divorce semble avoir été la clé qui a permis à Jean Baptiste et à Marianne Silvie de comprendre comment vivre ensemble puisqu’ils auront encore onze ans de vie commune, jusqu’au décès de Jean Baptiste en 1807.

Marianne Silvie FONTAINE meurt à l’âge de 87 ans, dans la maison de Sieur François LENORMAND, âgé de 58 ans. Ce François LENORMAND est l’époux en premières noces de Marie Antoinette Catherine FONTAINE, la petite-fille de Jean Baptiste LAURET et de sa première épouse Catherine RIVIÈRE. Un bel exemple d’imbroglio familial !